Pour un socialisme libéral | ![]() |
Pourquoi le socialisme libéral ?Parce que nous sommes en crise. Crise économique : chômage de masse, lourd endettement et croissance anémiée dessinent les contours d’un échec durable. Crise sociale : exclusion et précarité, inégalités de situation et de destin, fragmentations des territoires, discriminations multiples, dysfonctionnement de la puissance publique, remettent en cause notre pacte social. Crise politique enfin : abstention chronique, vote protestataire, faiblesse de la délibération commune et de la culture de compromis, sclérose des partis menacent l’exercice d’une démocratie partagée. Parce que le rejet du traité constitutionnel s’est ajouté à la crise pour témoigner de l’insatisfaction grandissante du peuple. Parce que nous avons désormais une obligation de résultats. Sans avoir pour autant une prescription de moyens. Sans que nous devions ici confondre les symptômes et les remèdes. Rien ne fonde les appels à une politique anticapitaliste et antilibérale, rien ne justifie la nécessité d’un prétendu « coup de barre à gauche ». Où voit-on d’ailleurs, au-delà de nos frontières, que le choix d’un Etat centralisateur, dirigiste et égalitaire, garantisse le succès économique, le renouveau du modèle social et la vitalité démocratique ? Parce que ni le socialisme de gestion (souvent honteux et inabouti), ni le socialisme de contestation (toujours vigoureux mais vide d’action) n’ont pu suffisamment incarner nos ambitions de progrès social et d’émancipation partagée. Parce que seul un discours de vérité est aujourd’hui à la mesure des enjeux, parce que seul il nous donne les leviers pour agir concrètement. Parce que « dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit » suffirait à la rénovation du socialisme français. Parce nous devons partir, étant socialistes, de la pratique et non de la théorie. Et qu’en Europe, la social-démocratie d’Europe du Nord, comme le nouveau travaillisme, nous montrent que la croissance fondée sur l’innovation, le plein emploi, la hausse du pouvoir d’achat, la vitalité des services publics et la santé du pacte social, constituent des réalités. Parce que tous ces pays proposent des compromis, d’ailleurs divers, entre les libertés et la solidarité, les dynamiques individuelles et les régulations collectives, les initiatives de la société civile et le volontarisme de l’Etat. Parce qu’à force de confondre le libéralisme et l’ultralibéralisme, nous devenons aveugles au monde et incapables d’agir sur lui. Ne pouvant penser ni le capitalisme, ni le marché, ni l’entreprise, autrement que sur le mode de l’opposition, nous n’inventons plus de levier d’action pour agir en leur sein. Nous n’avons plus rien à dire aux salariés. Au risque de laisser s’emballer les logiques de production et de rentabilité. Au risque de voire naître une société de marché destructrice des hommes et de la planète, à l’ombre de notre stérilité et de notre inaction. Parce qu’à force de confondre le libéralisme et l’ultralibéralisme, nous nous résignons à un étatisme convenu, à une conception centralisée et autoritaire de l’action publique. Nous ignorons les dynamiques individuelles et collectives, si chères pourtant à l’histoire du socialisme. Nous méconnaissons les ressources de la société civile, les vertus de la régulation contractuelle et du compromis. Nous oublions les possibilités d’une puissance publique décentralisée, d’un Etat-providence rénové, agissant au plus près des besoins et en vue de la satisfaction de ses usagers. Parce que nous ne pouvons plus seulement nous appuyer sur les instruments classiques du socialisme, sur notre imaginaire national et républicain. Notre monde a changé. Il est tissé d’échanges généralisés et de flux, d’acteurs individuels et d’appartenances multiples. Notre société est riche de ses diversités, multiculturelle, mais aussi fragmentée et inégalitaire. Les outils d’une politique progressiste doivent changer. Parce qu’il nous faut un socialisme transformateur, un socialisme des libertés 1, réconciliant l’idéalisme et le pragmatisme, en prise sur le monde d’aujourd’hui. Être socialiste libéralOui, nous sommes des socialistes libéraux. Socialistes, car nous devons opposer aux rapports de force et à l’injustice, la nécessité d’une émancipation partagée. Car nous nous donnons pour fin la justice et la protection sociale, la réduction des inégalités et la promotion des solidarités. Car nous travaillons au partage des biens et des droits à l’échelle du continent et du monde. Socialistes, car nous défendons l’esprit public, ce qui fait société. Car nous soutenons le principe d’une action collective et volontariste. Libéraux, car nous comprenons l’émancipation comme accès à la liberté. Nous défendons la liberté et la responsabilité individuelle, l’autonomie de la société civile, la délimitation de la souveraineté de l’Etat. L’émancipation doit être le fruit des libertés mises en commun : réunies par le débat et la négociation contractuelle, réglées par les normes du droit et l’exercice de la justice. Oui, le socialisme et le libéralisme peuvent se fondre pour mieux s’accomplir 2. Oui, le socialisme est une philosophie de la liberté qui ne se confond pas avec ses pathologies totalitaires : « Le socialisme (…) c’est quand la liberté entre dans la vie des plus pauvres ». 3 Oui, le libéralisme est épris de justice et ne se reconnaît pas dans sa forme « ultra » ou « néo », expressions pathologiques d’une liberté déréglée et irresponsable. Ce sont bien la liberté de la personne, la responsabilité partagée, l’engagement individuel et collectif, qui ouvrent la voie au progrès et à de nouvelles formes de justice sociale. Être socialiste libéral, c’est partir du monde tel qu’il est pour le rendre meilleur. Ce n’est pas dire qu’un autre monde est possible, c’est faire jouer tous les possibles de notre monde, ici et maintenant. Voilà qui demande d’abord de regarder le monde en face 4 . La vérité est la condition de l’action véritable. Le socialisme ne peut se réduire à un système de réparation ou même de prévention qui s’opposerait, de l’extérieur, au capitalisme. Comme si l’un et l’autre étaient chimiquement purs. Parce que nous ne sommes ni ultralibéraux, ni communistes, nous devons reconnaître et assumer l’ambivalence du capitalisme et de l’économie de marché : ils sont à la fois le meilleur et le pire. Faute de l’accepter, nous nous condamnons à ignorer les articulations, les tensions et les ambiguïtés de notre monde. Nous nous condamnons à une position de surplomb qui nous empêche de travailler au cœur du réel. Parce que nous sommes des socialistes libéraux, nous reconnaissons le rôle du marché, lieu de la production des richesses à partager et des échanges ouverts à l’autre. Nous assumons la concurrence, source d’innovation, de mobilité sociale lorsqu’elle s’oppose aux avantages hérités et aux monopoles constitués. Nous savons que construire une société solidaire, dans le monde tel qu’il est, suppose aujourd’hui, tout en la dépassant, une économie de marché. Nous encourageons l’autonomie source d’épanouissement et de responsabilité. Nous encourageons l’esprit d’initiative et d’entreprise, source de création, pas seulement économique. Mais, tout autant, nous connaissons l’importance des régulations nécessaires à la correction des injustices et nous ne nous satisfaisons pas d’un socialisme d’accompagnement. Bien plus, nous nous opposons à la seule logique de la production et de la rentabilité maximale. Nous refusons une société de marché faite d’une juxtaposition d’individus producteurs et consommateurs, isolés et mus par leur seul intérêt. Nous soutenons que la croissance est nécessaire mais pas suffisante au développement. Que l’individu est d’abord un être social, une personne possédant des dimensions multiples qui ne se réduisent pas à ses fonctions économiques. Nous avons le projet d’une société solidaire, n’ignorant pas le non-marchand, qui comprenne l’émancipation comme épanouissement partagé. Notre socialisme libéral est fier et fort de son histoire 5. Ses idées fécondent le socialisme depuis son apparition 6. Il s’amorce avec les critiques adressées par Proudhon au communisme et avec les expériences, politiques et syndicales, du socialisme libertaire. Il s’amorce avec la pensée sociale des libéraux du 19ème siècle : Tocqueville en France 7, Hobhouse en Angleterre, Dewey aux Etat-Unis. Il s’exprime, à la fin du 19ème siècle, dans le « révisionnisme » c'est-à-dire dans la critique du marxisme. Dans le choix d’un « socialisme éthique » contre la révolution violente et le dirigisme étatique. Il se prolonge dans le réformisme de Jaurès et dans son opposition au guesdisme. Il s’oppose, dans les années trente, à la montée des totalitarismes, notamment en Italie avec la publication du Socialisme libéral par Carlo Rosselli et la fondation du Parti d’Action. Il nourrit, plus près de nous, l’histoire de la social-démocratie allemande, les inspirations de la deuxième gauche française, le nouveau travaillisme anglais et les orientations du parti démocrate américain. Notre socialisme libéral est en prise sur le monde contemporain car ses principes et ses questions entrent en résonance avec lui. Foncièrement pragmatique et anti-idéologique, il insiste sur le retour aux faits, aux conditions de vie, de production et d’échange, aux rapports de force. Il s’intéresse aux conditions concrètes d’une liberté partagée. Il cherche à accorder, sous la forme du compromis et de la régulation, le jeu des libertés et l’exigence de justice. Il défend les conquêtes pratiques du réformisme. Il témoigne de son engagement démocratique, fondé sur l’autonomie et le pluralisme du corps social. Il porte ses regards vers le fédéralisme européen et la solidarité internationale. |
Un nouveau pacte social | |||||||||||||||||||||||||
La politique de l'emploiLa première des injustices, particulièrement en France, est celle du chômage. La société adresse en fait à plus de 3 millions de français un message inacceptable : elle n'a pas de place pour eux. Retrouver le plein emploi est pour nous la première des exigences sociales. Pour y tendre, les supposées vertus du modèle français paraissent dérisoires. Jamais la précarité et l’exclusion, qui touchent d’abord les individus les plus fragilisés, n’ont été si importantes. Notre taux de chômage se situe depuis des années autour de 10 % ; un jeune issu de l'immigration sur trois est sans emploi ; le nombre de rmistes s’élève à 1,2 millions de personnes et près de 800 000 travailleurs ont des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Comment ne pas s’indigner des effets dévastateurs, en terme de cohésion sociale ou d’insertion et d’intégration, d’une telle situation ? Comment oublier que la première source de croissance résiderait dans le retour à l’emploi de ceux qui aujourd’hui sont privés d’activité ? Notre responsabilité politique est écrasante, à droite comme à gauche, même si les allègements de charges des uns, les emplois aidés et la réduction du temps de travail des autres ont pu favoriser un temps les créations d’emplois. Un regard au-delà de nos frontières nous interdit de considérer le chômage comme une fatalité et l’action politique comme dépourvue de marge de manœuvre. Que peuvent nous apprendre le Royaume-Uni, avec ses 4,7 % de chômeurs, ou encore le Danemark, dont le taux de chômage est passé en six ans de 10 % à 5 % ? En Angleterre, le plein emploi a pour double condition la libéralisation du marché du travail et une action publique d’incitation et d’accompagnement. Là où nous multiplions, sans succès, rigidités et mécanismes inefficaces d’assistance, les Britanniques nous montrent que la continuité de l’emploi naît pour partie de la fluidité du travail. L’absence de dispositifs contraignants à l’embauche et au licenciement dynamise le marché de l’emploi. En considérant que la plus grande des précarités est celle du chômage durable, les travaillistes ont fait de la continuité de l’emploi un défi social. Il ne s’agit pas de protéger à tout prix les emplois existants mais de tout faire pour s’adapter aux dynamiques économiques en s’assurant qu’un emploi succède à un autre. Ce qui ne signifie en rien un abandon du rôle de l’Etat, au contraire. La puissance publique agit de manière volontariste en mélangeant contraintes légales, avantages fiscaux et aides à la formation. Ce dont témoigne notamment la création de « maisons de l’emploi » qui ont pour objectif d’organiser au mieux la rencontre entre l’offre et la demande. Les chômeurs y sont suivis individuellement - prestations sociales et recherche d’emploi étant gérées conjointement - et l’obligation de résultats, c'est-à-dire d’emploi, est régulièrement évaluée. Ce plein-emploi est un vrai moteur d’intégration sociale et de sécurité sociale. Il donne notamment aux salariés une liberté de choix qui instaure un nouveau rapport de force avec les employeurs et favorise l’augmentation des salaires. On le voit, fluidité du marché du travail et progrès social ne sont pas incompatibles. Nous avons à apprendre d’une société dans laquelle la souplesse du marché du travail et la volonté de l’Etat permettent de refuser le chômage vécu comme destin. Nous avons à apprendre d’une société qui valorise l’activité et mobilise ses énergies non pour assister quand il est trop tard mais pour encourager et donner les moyens de l’initiative. Au Danemark, le marché du travail se caractérise également par une législation non contraignante sur la protection de l’emploi qui favorise la mobilité professionnelle. Voilà pour l’inspiration libérale. Mais cela se double d’une forte dépense en politiques de l’emploi (5% du PIB pour 6 % de chômage contre 3 % du PIB en France pour 10 % de chômage). Voilà l’inspiration socialiste. Ces politiques se déclinent à travers une indemnisation élevée du chômage (90 % du salaire pendant 4 ans), conditionnée à la recherche réelle d’un retour à l’emploi, et un dispositif ambitieux de formation et d’accompagnement vers une nouvelle activité. Ce qui se traduit par un niveau élevé des prélèvements obligatoires (57,3 % du PIB en 2004 contre 50,4 % en France) : la protection sociale a bien un coût, mais celui-ci n’est pas exclusif d’une exigence d’efficacité et de responsabilité. La mobilité professionnelle ne s’oppose donc pas à la défense des intérêts des salariés et à l’action volontariste de la puissance publique. Apprenons qu’il est désormais préférable de protéger les travailleurs plutôt que les emplois existants. Alors bien sûr, il serait vain de vouloir transposer à la France des solutions toutes faites : nous connaissons les conditions spécifiques qui donnent sens aux « modèles » danois ou anglais : forte représentation syndicale et culture du compromis, adaptation de la formation aux emplois innovants d’un côté ; valorisation des libertés, délimitation du rôle de l’Etat et absence de monopole public sur l’intérêt général de l’autre côté. Mais puisons dans ces exemples le désir d’inventer notre propre compromis entre le jeu des libertés, nécessaire au dynamisme économique, et l’exigence de protection, donnant naissance à de nouveaux droits. Ce compromis ne nous est pas immédiatement donné : plus de liberté pour l'initiative économique peut entraîner moins de garanties pour le salarié. Or nous voulons les deux. Pour lever cette tension, nous devons réformer notre système social. Conçu pour distribuer des prestations, il doit désormais accompagner des personnes. Osons nous engager sur la voie de l’échange entre la mobilité professionnelle et la protection sociale. Les solutions qui paraissent défendre les salariés en retardant les réorganisations nécessaires sont souvent contre-productives. Empêcher les licenciements est illusoire, les rendre par trop difficiles ou coûteux a comme principale conséquence de raréfier les embauches. Développons la fluidité du travail mais, dans le même temps, sécurisons les parcours professionnels.
Le retour à l'emploi constitue une priorité pour notre actionIl nous faut éviter l’installation durable dans le chômage. Nous attendons du système public de l'emploi, non pas qu’il « fasse son chiffre » en contrats aidés ou en stages, mais qu’il réduise à zéro le nombre de personnes laissées sans projet d'emploi. Faire un bilan sur ses compétences, se former sur un métier qui offre des débouchés, avoir une cible d'emploi identifiée et un plan de recherche: voilà les signes d’une démarche active. Un accompagnement personnalisé et incitatif des chômeurs est indispensable pour être à la hauteur de cette ambition. Il doit permettre de mieux apparier les offres et les demandes effectives, de mieux prendre en compte les aspirations et de développer talents et compétences. Tous les moyens sont à mobiliser, et la coopération entre les organismes publics et les partenaires privés est requise. Le caractère contractuel du retour à l’emploi, qui avait fondé le projet originel du PARE, doit s’affirmer, sans systématisme, en tenant compte des possibilités du bénéficiaire. La conditionnalité de l’attribution des allocations chômage, doit devenir un instrument incitant au retour à l’emploi. C’est parce que l’on donnera aux chômeurs les plus grandes chances de retrouver un emploi, au plus près de leurs compétences et de leurs souhaits, qu’il leur appartiendra en contrepartie, et dans un esprit de responsabilité, de saisir ces possibilités. L’incitation à la reprise d’activité suppose également une réforme des minima sociaux et la possibilité de les cumuler avec les revenus d’un emploi. La formation est la clé du retour à l’emploi. Transformons l’inactivité subie en temps de formation afin que le chômage ne soit plus un « temps gâché » mais une réorientation ou un tremplin. La formation doit aussi permettre d’élargir l’employabilité du demandeur d’emploi et le rendre apte à dépasser la seule spécialisation et le seul horizon du prochain poste. Ceci ne sera possible que si la formation est véritablement continue, qu’elle devient une formation tout au long de la vie. Dans ce monde où il sera nécessaire de réapprendre plusieurs fois, chacun doit avoir la possibilité d’élever son niveau de culture et de compétence, de dominer les mutations économiques, d’accroître sa capacité à s’orienter vers de nouveaux secteurs, d’avoir une chance « en continu ». Pour une nouvelle conception du travail dans lequel l’inactivité est une activité autre, socialement organisée, indemnisée et partagée, principe d’inclusion sociale. Pour en finir avec le chômage transformé en état puis en héritage à travers un système d’assistance qui humilie ceux qu’il finit par emprisonner.
Face au développement de la précarité des jeunes, des femmes, des seniors et des salariés peu qualifiés, qui portent l’essentiel de l'insécurité au travail, nous devons responsabiliser l’ensemble des acteurs. Il est anormal que l’UNEDIC subventionne le travail précaire en refusant de moduler les cotisations en fonction de la précarité, laissant à l’ANPE la charge d’assumer son
coût social.
Nous ne ferons pas non plus l’économie d’une réforme structurelle. Notre dispositif d'accompagnement des restructurations est désuet, centré sur les grands groupes industriels, et sépare les aspects sociaux des aspects financiers. Le pilotage national et étatique de l’emploi montre vite ses limites tant les réalités locales imposent des traitements différenciés. La politique d’insertion par l’économie peut être relancée au niveau des territoires. Nettement décentralisée, elle devrait être organisée à l’échelle d’un seul territoire homogène, le bassin d’emploi. Elus politiques et employeurs ont vocation à être les chefs de file de ce partenariat. Dans lequel la région, la ville ou la communauté d’agglomérations, l’ANPE… sont appelés à dépasser leurs prérogatives personnelles au profit une culture du résultat collectif. De manière générale, ce sont les logiques de séparation qui sont à proscrire. Ainsi la séparation financière de l'ANPE et de l'UNEDIC crée un système pervers où la première a la responsabilité de la baisse du chômage et la seconde les bénéfices.
L'Etat doit jouer un rôle "d'employeur de dernier ressort" et de soutien social. Via notamment les emplois d'insertion et les emplois « aidés ». Il peut ici s’agir des « emplois jeunes », à la condition de ne pas en faire des " pseudos " emplois publics temporaires. Seule une réelle insertion professionnelle les rend véritablement opérants. De même, il est légitime que l’Etat apporte un complément de rémunération sur les bas revenus, par le biais notamment de la prime pour l’emploi. Mais il faut être attentif à ce qu’elle ne soit pas détournée en faveur d’un recours massif au temps partiel. Il est également légitime que l’Etat facilite l’éclosion des emplois de service à travers des mesures fiscales et réglementaires. Enfin, l’allègement des charges sur les bas salaires doit être conditionnée par la réalité des politiques d’embauche au sein des entreprises. Enfin, il nous paraît nécessaire de réformer le contrat de travail avec la volonté de construire une protection des salariés plus juste et plus efficace. Le contrat à durée déterminée, qui contribue à la précarité, doit, en dehors de situations ou de métiers spécifiques, disparaître. En effet, la dualité entre CDD et CDI génère aujourd’hui de fortes injustices et tend à précariser nombre de salariés. Si les CDD ne représentent que 12,5 % de l’emploi total, ils sont devenus le parcours presque obligé des jeunes entrant sur le marché du travail. Or, le CDD ne conduit pas nécessairement à l’obtention d’un CDI. Les jeunes, ainsi que les femmes et les personnes les moins qualifiées, se trouvent souvent et durablement condamnés à l’emploi précaire. Et cette inégalité de condition salariale doit être examinée dans ses conséquences sociales : elle produit de l’exclusion puisque sans CDI ce sont pratiquement les droits au prêt et au bail qui disparaissent. Nous ne pouvons pas défendre ici les intérêts catégoriels de ceux qui sont protégés par l’existence d’une couche de travailleurs précaires, les intérêts de ceux qui défendent des droits acquis, mais non partagés, contre la juste répartition de ces droits. Un CDI, réformé, assurant une réelle sécurité tout en étant évolutif dans l’extension de ses garanties, doit devenir la norme.
Le marché et l'entrepriseLe marché est l’espace de la création et de l’échange des richesses. Il nous donne les moyens de la croissance et de la solidarité. Il est nécessaire, sans être suffisant, au développement. Car il n’est pas porteur d’un projet de société ni créateur d’un lien social suffisant. La logique de
rendement de l’économie de marché doit être régulée par une logique de responsabilité et de
recherche d’équité. Nous devons nous efforcer d’enrichir « le contenu éthique du marché, par la
prise en compte de paramètres sociaux et environnementaux » comme nous y invite Zaki Laïdi.
Articuler le dynamisme économique et l’exigence sociale, forger un compromis entre la compétition
et la solidarité, voilà nos ambitions. Ce travail de régulation s’applique notamment au principe de concurrence. Nous reconnaissons la valeur de la concurrence comme source irremplaçable du dynamisme et de l’innovation dont nos sociétés ont besoin. Nous savons qu’elle peut être un puissant levier de justice et de mobilité sociale. Car elle s’oppose à la constitution des monopoles et remet en cause les avantages hérités. Mais comme tout principe, elle ne peut s’appliquer sans limite. Sa régulation est nécessaire afin que soit d’abord garantie l’égalité des moyens donnés aux concurrents. Elle exige aussi que la concurrence puisse effectivement s’exercer, sans que des ententes viennent la supprimer au profit d’acteurs par trop dominants voire exclusifs. A ce titre, les autorités européennes doivent faire appliquer un droit de la concurrence qui permette de concilier le maintien d’une diversité concurrentielle avec la nécessaire puissance de grands groupes européens. Dans notre économie de marché, l’acteur économique principal est l’entreprise et ses salariés. Nous avons besoin d’entreprises dynamiques. Les pays qui créent le plus d’entreprises sont ceux qui ont le plus de croissance et créent le plus d’emplois. Comment favoriser leur naissance et leur développement ? Il s’agit moins de les subventionner que de réduire les obstacles à leur création et de maintenir un environnement qui leur soit favorable. La complexité de la réglementation peut être un frein à l'emploi - et la rendre plus simple est une question distincte du niveau de protection réel des salariés. Libérons l’initiative en aidant les créations d’entreprises, en simplifiant leur fonctionnement et en permettant leur développement, particulièrement pour les petites entreprises et les entreprises innovantes.
Si la liberté des entreprises est une nécessité, elle implique en retour leur responsabilité. Et pas seulement économique et financière. L’entreprise ne peut plus se penser sans éthique. Elle doit jouer pleinement son rôle d’acteur central de l’économie et d’acteur social à part entière. Elle
doit devenir « socialement responsable ». Ainsi les actions déterminées des ONG, de certains mouvements de citoyens, conduisent un nombre croissant d’entreprises à intégrer les dimensions sociales et environnementales dans leurs politiques. L’entreprise doit prendre conscience des conséquences de ses décisions. Tant sur les conditions sociales d’existence que sur l’urbanisation, l’utilisation des transports, ou encore le niveau de pollution. Non seulement une limite morale doit être fixée au capitalisme, mais encore la prise en considération de l’éthique n’est pas contradictoire avec la bonne gestion de l’entreprise. Nous devons, à ce titre, encourager le développement des fonds socialement responsables. Les investisseurs choisissent ces fonds pour des raisons éthiques mais aussi parce qu’ils estiment que les entreprises qui les composent apporteront, à long terme, plus de valeur ajoutée à leurs actionnaires. La responsabilité sociale peut constituer un atout pour une compétitivité accrue. Car prévenir les risques, sociaux, environnementaux, ou de « réputation », peut être moins coûteux que de payer pour leurs conséquences. Les entreprises doivent être incitées à publier un bilan de responsabilité sociale. L’idée d’une notation sociale permettrait d’instaurer une concurrence vertueuse. L’action « citoyenne » des entreprises peut prendre aussi un aspect local. Il peut s’agir, dans un bassin ou une région, d’une action ciblée en faveur de l’emploi. A travers par exemple le recrutement prioritaire de personnes résidentes dans la zone d’activité ou de personnes discriminées.
Espace naturel de la lutte pour le partage de la valeur ajoutée, où s’expriment des logiques différentes, où s’affrontent des intérêts contradictoires, l’entreprise peut aussi être un lieu de négociation contractuelle, de partenariat dans lequel les conflits seront assumés. Ce qui exige de savoir prendre le « risque du compromis », ainsi que Daniel Cohn-Bendit le préconise. Aujourd’hui, peu de négociations importantes se conduisent hors de l’influence de l’Etat. Il lui appartient pourtant d’encourager la société civile à se prendre en charge et à se réguler elle même. Nous ne devrions pas craindre de permettre au dialogue de se manifester aux niveaux utiles afin que s’élaborent des accords au plus près des réalités et des besoins des salariés. On doit pouvoir faire évoluer par la négociation le cadre juridique et redéfinir les obligations et les droits, qui doivent se trouver au centre de toute relation salariale. L’Etat doit favoriser la contractualisation collective en lui fixant notamment, dans le respect du droit du travail, un cadre souple et des objectifs précis. Quitte à trancher, en dernier ressort, par la voie de la loi ou du décret, en cas d’échec des négociations contractuelles. La notion d’accords majoritaires exige de ne pas en rester à la présomption de représentativité des cinq « vieilles » centrales syndicales, mais de vérifier la représentativité réelle, à chaque niveau des différentes organisations, par exemple à partir des résultats obtenus aux élections professionnelles. Il est nécessaire que les syndicats retrouvent une légitimité et une représentativité qu’ils sont loin de posséder aujourd’hui. Ce qui suppose qu’ils se recentrent sur la vie au travail et sur les besoins de plus en plus individualisés des salariés mais aussi des chômeurs. Ils doivent aussi prendre leurs responsabilités en conciliant réalisme et visée transformatrice et non se contenter d’être des forces de revendication et de contestation.
Une véritable démocratie d’entreprise doit voir le jour. Et elle doit d’abord profiter aux salariés. Appelés à plus de compétences et de productivité, de responsabilité et d’adaptation, ils doivent en recevoir de justes contreparties négociées. Associer les salariés aux performances auxquelles ils ont contribué relève de la justice comme de l’évidence économique. L’entreprise doit prendre conscience que son développement ne peut se faire au détriment de ceux qui y travaillent et que sa réussite est dans une grande mesure liée à leur adhésion et à leur motivation. Les entreprises manifesteraient une vision à bien courte vue si elles ne consacraient pas une part plus importante de leurs bénéfices à une amélioration de la rémunération des salariés, et notamment de ceux qui y ont le plus contribué. Le souci de justice et l’intérêt économique exigent que le pouvoir d’achat des salariés se situe au niveau le plus élevé possible, que les profits réalisés se traduisent aussi par des augmentations salariales ou une participation accrue aux résultats quelle qu’en soit la forme. Cette participation doit créer les conditions d’une amélioration à long terme de la situation des salariés (pour leur temps d’activité ou leur retraite). Elle doit aussi les associer plus étroitement au fonctionnement et aux résultats de l’entreprise. Promouvoir le temps choisi. Le temps partiel choisi, sera considéré, dans le cadre d’accords entre les partenaires sociaux et dans les limites de la loi, comme un droit du salarié. Une réduction du temps de travail, négociée avec la plus grande souplesse au niveau des entreprises et des branches, pourra être à nouveau créatrice d’emplois. Favoriser l’accès des représentants du personnel aux informations et les faire participer davantage à un plus grand nombre de décisions. Les syndicats doivent être partie prenante, autant qu’il est possible des projets et des décisions. Les comités d’entreprise doivent voir leurs compétences élargies, et la formation à la gestion de leurs membres généralisée. Assurer l’égalité entre hommes et femmes. Elle ne peut souffrir d’exception, ni en terme de salaire ni en terme de déroulement de carrière. Les branches et les entreprises doivent convenir d’actions de rattrapage à engager pour la rendre effective dans des délais courts. Redécouvrir les vertus d’une pyramide des âges cohérente. L’entreprise doit redonner leur place aux travailleurs plus âgés dont elle a tout autant besoin que des plus jeunes. Pour ceux qui le souhaitent, des possibilités de retraite progressive doivent être négociées, et l’interdiction de cumuler sa retraite avec un emploi salarié doit être abandonnée.
La démocratie d’entreprise doit s’étendre au rôle des actionnaires et des salariés dans les
organes de décision et de contrôle. Une meilleure information économique et sociale permettra
aux actionnaires d’exercer un contrôle plus constant et plus réel sur l’entreprise, ses résultats et
ses dirigeants. Elle portera notamment sur les rémunérations des dirigeants sur lesquelles la
responsabilité des membres du Conseil d’Administration doit être engagée. L’inflation des
rémunérations et particulièrement des « parachutes dorés » n’est plus tolérable. Les actionnaires
doivent, par un vote spécifique, déterminer tous les éléments de la rémunération de chaque cadre
dirigeant, en en faisant apparaître l’évolution annuelle et pluriannuelle, en regard des résultats de
l’entreprise. Le contrôle des actionnaires sur les directions opérationnelles doit pouvoir être effectif. Pour les grandes entreprises organisées en société anonyme, le possible cumul du rôle du Président Directeur Général, responsable de la gestion, et celui de Président du conseil, chargé du contrôle de cette gestion, n’est pas conforme à une bonne gouvernance. Enfin, pour freiner le « nomadisme » et aller contre la logique du court terme induite par le capitalisme financier, on consolidera la représentation des intérêts à long terme dans l’entreprise : les titres bloqués sur une longue période pourront disposer d’un plus grand pouvoir de gestion que les titres négociables à tout moment, l’épargne qui restera investie pendant une certaine durée dans la même société se verra favorisée fiscalement.
Croissance retrouvée, croissance partagée, croissance durableAvec un taux moyen de croissance de 1,5 % du PIB par an depuis 20 ans, notre pays est en panne de création de richesses. Pour financer notre système de protection sociale (auquel nous consacrons 30 % de notre PIB), nous aurions besoin d’une croissance d’au moins 2,5 % par an. Pour mémoire, l’Etat-providence que nous avons bâti pendant les Trente Glorieuses était adossé à un taux de croissance compris entre 4 et 6 % par an. Autrement dit, sans une forte croissance, l’Etat ne peut ni assumer ses politiques de redistribution et de prévention, ni ses missions de service public, ni garantir le niveau de protection sociale. A moins d’avoir recours au crédit et à la dette. Ce que, droite et gauche confondus, nous avons fait depuis 25 ans : notre endettement s’est multiplié par 3 et il atteint aujourd’hui plus de 60 % du PIB. Le produit de l’impôt sur le revenu servira bientôt à payer les seuls intérêts de la dette. En réalité, nous avons conduit des politiques sans en avoir les moyens : nous avons accordé des droits et des avantages sociaux qui se réduisent à des leurres puisque nous sommes incapables de les garantir autrement qu’en tirant des traites sur les générations futures. Il ne s’agit pas ici de plaider pour un moins-disant social accordé à l’atonie de la croissance. Il s’agit de nous donner, enfin, les moyens de nos ambitions. Il serait temps, pour nous socialistes, de comprendre qu’il n’y a pas de progrès social effectif et durable sans réussite économique. Le succès économique n’est pas suffisant mais il est bien nécessaire à toute politique progressiste réelle. Cela, les travaillistes l’ont compris depuis leur accès au pouvoir en 1997. Ils ont fait de la santé de l’économie, la condition sine qua non de la politique sociale. Ce sont la croissance soutenue, l’inflation contenue, le déficit limité et les taux d’intérêt réduits qui ont rendu possible la redistribution de la richesse créé. A laquelle, parce qu’ils sont socialistes, les travaillistes ont procédé, démontrant ainsi la réalité de leur volontarisme : instauration d’un salaire minimum (augmenté de 40 % en 6 ans), hausse du pouvoir d’achat, lutte efficace contre la pauvreté (le nombre d’enfants pauvres a diminué de 25 % en huit ans), augmentation volontariste des dépenses publiques permettant des investissements sans précédent en matière de recherche, d’éducation (avec un budget en hausse de 5,75 % par an), de santé (+7,25 %), de transport et de justice. Comment renouer avec la croissance, premier fondement du succès économique ? L'économie de la connaissanceNous ne pouvons plus nous contenter de subir les mutations si nous voulons mettre au jour de nouvelles sources de richesse à partager. Face à l’actuelle désindustrialisation, face à la légitime concurrence des pays émergents - source de progrès partagé -, face aux révolutions
technologiques, il est vital que nous nous donnions les moyens de développer une économie de
la connaissance. C'est-à-dire une économie fondée sur l’innovation et la maîtrise technologique. En effet, les pays occidentaux doivent affronter la concurrence croissante des pays émergents. Or ils ne pourraient les concurrencer sur les prix qu’en appliquant une politique de baisse des coûts salariaux et de dumping fiscal. Ce rattrapage est impossible à moins de vouloir appauvrir nos sociétés. Seule une spécialisation dans les produits et les services les plus innovants nous permettra de maintenir l’avantage compétitif qui peut être le nôtre dans le cadre de la mondialisation. L’économie de la connaissance suppose une politique volontariste d’innovation fondée sur la promotion de l’enseignement supérieur et de la recherche.
La TVA socialePour faire face à la concurrence, il est également nécessaire de modifier le mode de financement de notre système de protection sociale. En effet, le coût du travail est
relativement plus élevé en France que dans nombre d’autres pays développés en raison de
l'importance des charges sociales 8 assises sur les salaires. Comment diminuer le coût du travail en augmentant ainsi notre compétitivité ? Et ce, sans réduire les salaires ni diminuer notre niveau de protection sociale ? Si le financement par l'activité professionnelle des dépenses sociales qui lui sont liées (chômage, retraite, accidents du travail, formation professionnelle) ne soulève aucune question de principe, il n'en est pas de même de l'assurance maladie, des prestations familiales ou encore du logement : nulle raison autre qu'historique n'explique que le financement de ces acquis sociaux, qui relèvent dans leur principe de la solidarité nationale, soit assis sur le travail. Or, ces charges 9 pénalisent directement l'activité productive nationale en renchérissant le prix des biens produits localement par rapport à celui des biens confectionnés dans des pays où le coût du travail est plus bas, notamment en raison d'un filet de protection sociale plus lâche. Cette altération des capacités concurrentielles de nos productions domestiques les affecte au demeurant tant sur le marché intérieur, où elles sont exposées à des importations évidemment attractives, qu'à l'export. La réponse tient dans le transfert des cotisations de sécurité sociale vers une taxe sur la consommation. Cette taxe constituerait une TVA sociale de compétitivité. Ce dispositif permettrait notamment d’améliorer la compétitivité relative des biens produits sur le territoire national et soumis à la concurrence étrangère sur le marché français. D'une part, parce que l'assujettissement à la TVA compétitive des produits importés augmenterait nécessairement leur prix de vente dans une proportion égale au niveau de cette taxe : le bénéfice concurrentiel qui en résulterait pour les produits domestiques serait donc direct. D’autre part, le report sur ces produits importés d'une partie du financement de la protection sociale de notre pays conduirait à un moindre prélèvement social sur l'ensemble de la production nationale. En conséquence, la compétitivité des productions destinées à l'exportation s’en trouverait accrue. Elles bénéficieraient à plein de la réduction du montant des charges sociales pesant sur leur coût de revient : les gains de compétitivité seraient d'ailleurs d'autant plus importants que le bien produit serait riche en facteur travail. Tous ces avantages seraient immédiatement perceptibles en matière de localisation des industries de main d'œuvre puisqu'ils conduiraient, de manière cumulative, à rendre plus intéressante la consommation des produits fabriqués en France. De plus, asseoir sur la consommation plutôt que sur l'emploi le financement de la sécurité sociale est un bon moyen de garantir la pérennité du modèle social français : la consommation des ménages est en effet tendanciellement orientée à la hausse et ses fluctuations sont plus réduites que celles du marché de l'emploi.
La réforme de la fiscalitéNous ne pouvons pas non plus ignorer les effets d’un autre type de concurrence, en termes de croissance et d’emploi. Il s’agit de la concurrence fiscale qui, en Europe, conduit à des mouvements de délocalisation qui iront en s’amplifiant faute d’action. Il ne s’agit pas seulement
de la délocalisation des activités mais aussi des bases d’imposition. Particulièrement injustes dans
ce second cas puisque la taxation des bénéfices ne se fait pas dans le pays qui supporte le coût
des activités. Les raisons de ces mouvements, rapportés à la fiscalité, tiennent en quelques chiffres : Dans 15 des 25 pays européens (notamment ceux de la nouvelle Europe), le taux d’imposition sur les sociétés est compris entre 12 et 15 % et le taux d’imposition sur le revenu est autour de 30 %. Il est respectivement en France de 34 et 48 % (56 % même si l’on intègre la CSG et l’ISF à l’impôt sur le revenu). Soit vingt points d’écart ! Que faire pour lutter contre cette distorsion manifeste de concurrence ? On peut rêver à une harmonisation européenne qui, comble de l’idéal, viendrait converger avec les pratiques françaises. Il s’agit là d’une pieuse incantation qui n’a aucun effet réel et qui n’arrêtera en rien les mouvements concrets de délocalisation. Ceux qui ont abusé d’une telle incantation sont d’ailleurs les mêmes qui, simultanément, ont affaibli l’Europe et ses instruments de régulation. Seule une remise à plat de notre fiscalité, sera ici à la hauteur des enjeux. Son envergure et son importance sont comparables à l’introduction de l’impôt sur le revenu après la 1ère guerre mondiale. La mise en place d’un nouveau système fiscal avait alors permis à la France d’entrer dans le monde industriel. Aujourd’hui, il s’agit d’adopter une fiscalité adaptée à un monde global et ouvert, favorisant une croissance équitablement partagée. Pour ce faire, Jacques Le Cacheux 11 et Christian Saint Etienne 12 proposent dans leur rapport sur la fiscalité directe 13 une réforme ambitieuse afin de rendre notre système fiscal plus attractif 14. A partir des données précédemment énoncées, ils ont cherché à déterminer l’écart maximal d’imposition soutenable entre la France et les pays européens pratiquant aujourd’hui une fiscalité « agressive ». Compte tenu de la valorisation que nous procure nos biens publics (infrastructures, services publics…), ils ont obtenu un écart possible de taux d’imposition de 6 points. L'écart de taux d'imposition ne doit donc pas être supérieur à 6 % si l’on souhaite éviter les délocalisations. 6 points au lieu de 20 points ! Concrètement, si l’impôt sur les sociétés est de 12 % en Estonie, il ne peut dépasser 18 % en France si nous souhaitons demeurer concurrentiel. Idem pour l’impôt sur le revenu : si les personnes physiques sont taxées à 30 %, elles ne doivent pas l’être à plus de 36 % en France. Concurrentiel, signifie ici que la France ne perdra plus ni les entreprises en activité sur son territoire, ni ses plus gros contribuables. Et qu’en conséquence les richesses collectées seront plus importantes et que la redistribution pourra être plus efficace. Petite leçon de socialisme pragmatique, loin des postures idéologiques… Ils ont par ailleurs intégré la nécessité de maintenir ou de réduire à la marge notre taux de prélèvement obligatoire (les deux scénarios retenus se font à 44 ou 42% du PIB) afin de ne pas amputer les ressources de l’Etat. Enfin, cette réforme est pensée pour être équitable : les 30 % de revenus les plus faibles doivent payer plutôt moins et le gain du décile supérieur ne doit pas excéder 5 %. Ils préconisent, en conséquence, de réduire simultanément - en les simplifiant et en élargissant leur assiette - l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu et d’augmenter corollairement la CSG.
Environnement, énergie, changement climatique, biodiversité : pour un développement durableNotre mode de développement n’est pas durable. Chacun le ressent, mais peu l’expriment. L’augmentation des prix énergétiques et les perspectives de raréfaction physique des ressources énergétiques viennent nous rappeler que nous vivons dans un monde fini et que le mode de développement que nous avons connu dans les cinquante dernières années n’a été possible que parce qu’un quart du monde consommait 75 % des ressources. Les accidents climatiques répétés dans des zones habitées, les dégâts humains et matériels qu’ils génèrent, témoignent de la réalité du changement climatique et de ses effets. Notre devrons en limiter les conséquences et nous protéger de ses effets. De même les problèmes de ressources en eau, liés notamment à des pompages déraisonnés et à la pollution des nappes, sont apparus relativement récemment. La France a longtemps cru qu’elle serait à l’abri de pénuries. Bien sûr des améliorations ont été constatées durant les dernières décennies dans les domaines de la pollution, de la gestion des déchets etc. Cependant, nous sommes encore loin du compte et les victimes sont toujours davantage du côté des catégories défavorisées et vulnérables : bruit, pollution urbaine, canicules, précarité énergétique, exposition aux risques de toutes sortes, etc. La société française a eu tendance à sous-estimer ces domaines qui pourtant en déterminent largement beaucoup d’autres. Que signifient, en effet, l’inclusion sociale et le développement territorial équilibré dans un pays menacé dans ses ressources en eau et fragilisé par une consommation énergétique inadaptée ? Nous ne sommes plus dans une époque de ressources bon marché, qui pouvait s’offrir le luxe de ne pas se préoccuper des risques climatiques et de la défense de la biodiversité. Nous sommes toujours l’un des derniers pays à transposer les directives européennes sur l’environnement que nous avons pourtant approuvées. Nous avons aussi, en tant que socialistes, notre part de responsabilité. Notre parti n’a pas été à la hauteur de l’enjeu de société que représente la promotion d’un développement durable. La tradition productiviste et la protection des corporatismes (par exemple dans le secteur de l’énergie) l’ayant souvent emporté sur l’audace nécessaire. La vignette, seul impôt rendant possible une différenciation fiscale sur les véhicules selon leur consommation a été supprimée, la TGAP « énergie », pièce maîtresse du Plan national de lutte contre le changement climatique a été écartée. La culture écologique n’est pas encore au rendez-vous. Nous en avons pourtant besoin. L’appropriation pleine et entière de ces questions par le parti socialiste sera un enrichissement de notre projet. Nous devons devenir force de proposition et promouvoir un mode de développement, économe en ressources naturelles ainsi qu’en en rejets et émissions, rendant possible un bien-être partagé. Pour cela, empruntons à l’expérience de certains de nos voisins européens. Au Danemark pour sa performance énergétique, la décentralisation des responsabilités et son énergie éolienne. A l’Allemagne pour ses quartiers à très faible consommation énergétique, voire à « énergie positive » (qui produisent plus qu’ils ne consomment) et « zero emission ». Au Royaume-Uni pour ses programmes de réduction de la précarité énergétique grâce à la rénovation thermique des logements. A la Suède pour ses villes « zero fossil fuels ». A l’Espagne qui vient de rendre obligatoire l’eau chaude solaire dans le neuf et la grosse réhabilitation. Les solutions passent par une implication de tous les niveaux (Europe, Etat, Collectivités territoriales et locales) et de tous les acteurs de la société : les responsables d’entreprises, d’exploitations agricoles, les consommateurs, ne peuvent plus agir indifféremment. La rupture doit être totale avec la politique actuellement menée qui a conduit à appauvrir de façon considérable les capacités d’action de l’Etat (liquidation rampante du ministère de l’environnement) et de la société civile. L’ensemble des moyens doivent être mobilisés : décentralisation, fiscalité, statut juridique, incitations, sanctions. Les financements nécessaires pouvant s’appuyer sur des mécanismes de marché lorsqu’ils sont plus efficaces. La société civile, notamment au travers des associations environnementales, doit jouer un rôle fondamental dans cette régulation et recevoir des moyens à la hauteur de ces missions.
Education et santé : | |||||||||||||||||||||||||
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Suite de la motion :
La politique de la ville : un lien social sans cesse à retisser
1 Nous reprenons l'expression employée par Monique Canto-Sperber dans Les Règles de la liberté, Paris, Plon, 2003 2 Ainsi que le souligne Carlo Rosselli (intellectuel italien, exilé en France et fondateur du groupement antifasciste Giustizia e Libertà) dans un livre publié en 1930, Le Socialisme libéral : « Je veux seulement ramener le mouvement socialiste à ses premiers principes, à ses origines historiques et psychologiques, et démontrer que le socialisme, en dernier analyse, est une philosophie de la liberté » ; « Le libéralisme constitue la force d'inspiration idéale, le socialisme est la force d'émancipation ». 3 Carlo Rosselli, Le Socialisme libéral, Paris, Valois, 1930 et aussi : « le socialisme est un libéralisme en action, c'est la liberté que l'on élabore pour les plus humbles ». 4 Oui à l'utopie, qui nourrit ce qui s'invente, mais à la condition qu'elle se connaisse comme telle et non qu'elle se rêve en action. 5 Histoire que retrace fort bien Monique CANTO-SPERBER, dont nous reprenons l'essentiel de l'analyse dans les lignes qui suivent, dans son ouvrage Le Socialisme libéral, Une anthologie Europe - Etats-Unis, Paris, Editions Esprit, 2003. 6 Bien que le socialisme libéral n'ait vraiment pris conscience de son identité que dans les années 1930, avec la publication par Henri de Man des thèses de Heppenheim pour un « socialisme éthique », avec la parution du Socialisme libéral de Carlo Rosselli et la création du Parti d'Action en Italie. 7 Qui dénonce, avant Marx, l'aliénation ouvrière et le paupérisme de la société industrielle, et qui défend l'intervention de l'Etat pour un égal accès des citoyens aux biens publics. 8 Pour les cotisations de sécurité sociale, à 38 % (29 % employeurs, 9 % salariés), la France partage avec la Pologne la palme mondiale de la pression fiscale. 9 En ce qui concerne les salariés relevant du régime général de sécurité sociale, elles représentent plus du quart du salaire brut. 10 Pour assurer la neutralité comptable du transfert, le niveau de cette taxe devrait être calculé de manière à garantir la collecte d'un produit au moins identique au montant actuel des cotisations concernées. 11 Professeur à l'université de Pau-Pays de l'Adour et directeur de département à l'OFCE 12 Professeur à l'université de Tours et Président du Conseil d'Analyse Economique et Social 13 A paraître 14 Réforme suggérée en son temps par Michel Rocard mais enterrée par François Mitterrand. 15 Nous ne retenons pas l'exonération totale d'impôt pour les plus bas revenus. Une contribution de tous, même symbolique, nous paraît significative en termes de cohésion sociale. 16 De 1985 à 1995 on est passé de 30 % d'une classe d'âge qui avait le bac à plus de 60 % |
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